12/02/2026

Médiation de la consommation : un recours encore méconnu

Recours gratuit et encadré par la loi, la médiation de la consommation permet de résoudre un litige avec un professionnel sans saisir le juge.

Lorsqu’un litige oppose un consommateur à un professionnel, la saisine du juge n’est pas toujours la voie la plus adaptée en première intention. Le droit de la consommation prévoit un recours amiable, gratuit et encadré : la médiation de la consommation, encore largement méconnue.

 

Une procédure encadrée par la loi

Prévue par les articles L.611-1 et suivants du code de la consommation, la médiation de la consommation est issue de la transposition en droit français d’une directive européenne destinée à faciliter le règlement amiable des litiges entre consommateurs et professionnels. Elle vise à proposer une solution simple, rapide et accessible aux conflits entre consommateurs et professionnels nés d’un contrat de vente ou de prestation de services.

Le dispositif repose sur l’intervention d’un tiers indépendant, le médiateur, chargé d’analyser les arguments des deux parties, afin de proposer une solution équitable. Celui-ci est soumis à des exigences strictes d’impartialité, de compétence et d’indépendance, et ne peut entretenir aucun lien économique ou hiérarchique avec le professionnel concerné, qui finance la médiation consommation.

À la différence d’un juge, le médiateur ne rend pas de décision contraignante. Il formule une proposition, prenant la forme d’un « avis », que le consommateur comme le professionnel restent libres d’accepter ou de refuser. La médiation repose ainsi sur l’adhésion volontaire des parties à la solution proposée.

 

La médiation de la consommation, une médiation spécifique

En France, la médiation de la consommation est une forme particulière d’un dispositif plus large : celui de la médiation, qui est utilisée dans de nombreux domaines de la vie sociale et juridique. Elle existe notamment en matière familiale, lors des séparations et pour les relations parentales ; en médiation civile et commerciale pour les litiges privés ou professionnels ; en médiation pénale, comme alternative aux poursuites pour certaines infractions ; en médiation sociale dans les territoires ; en médiation administrative entre les usagers et les administrations ; en médiation scolaire et éducative pour apaiser le climat scolaire ; en médiation en entreprise dans le cadre des relations de travail ; en médiation sanitaire et médicale entre patients et établissements de santé ; en médiation environnementale et territoriale pour les projets d’aménagement ; ainsi qu’en médiation numérique, concernant les conflits liés à Internet et aux plateformes.

Le principe est le même dans tous les cas : la médiation est un mode amiable de résolution des différends, dont les objectifs et les modalités varient selon les domaines. La médiation de la consommation s’inscrit dans ce cadre général, mais s’en distingue par son caractère sectoriel et par l’encadrement spécifique prévu par le droit de l’Union européenne et le droit français.

Quels litiges sont concernés ?

La médiation de la consommation s’applique exclusivement aux litiges opposant un consommateur à un professionnel. Elle concerne tous les conflits liés à l’exécution d’un contrat, qu’il porte sur la vente d’un bien ou la fourniture d’un service. Les cas les plus fréquents portent sur des problèmes de facturation, des produits défectueux, des prestations non conformes, des retards de livraison, des résiliations abusives, ainsi que des différends avec les assurances, les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs d’énergie ou les professionnels de l’automobile.

Certains litiges sont toutefois exclus de ce dispositif. La médiation de la consommation ne s’applique pas aux conflits entre particuliers, ni entre professionnels, ni même à un auto-entrepreneur opposé à un industriel ou à un commerçant. Elle ne peut être recherchée pour des litiges relevant du droit pénal, des affaires déjà portées devant un tribunal, ou des contestations internes à une association.

Saisir un médiateur : dans quels cas et à quelles conditions ?

La médiation de la consommation ne peut être engagée qu’en présence d’un litige constitué. La loi impose une étape préalable obligatoire : le consommateur doit d’abord tenter de résoudre le différend directement avec le professionnel, en adressant une réclamation écrite.

En l’absence de réponse dans un délai de deux mois, ou si la réponse apportée ne permet pas de régler le litige, le consommateur peut alors saisir le médiateur. Cette saisine doit être effectuée dans un délai maximal d’un an à compter de la réclamation initiale.

La demande peut être déposée en ligne ou par courrier. Le consommateur doit y exposer clairement les faits, joindre les échanges écrits avec le professionnel, ainsi que l’ensemble des documents utiles à l’analyse du dossier.

Le déroulement concret d’une médiation

Une fois saisi, le médiateur commence par examiner la recevabilité du dossier. Il vérifie que le litige entre bien dans le champ de la médiation, que la réclamation préalable a été effectuée et que les délais légaux ont été respectés.

Si le dossier est recevable, le médiateur recueille les arguments des deux parties et analyse les pièces transmises. Il peut, le cas échéant, demander des compléments d’information. Son rôle est d’apprécier la situation au regard du droit applicable, tout en recherchant une solution à la fois équilibrée et pragmatique.

L’issue de la médiation intervient, au plus tard, dans un délai de 90 jours à compter de la date de la notification. Toutefois certaines médiations peuvent s’avérer plus difficiles, ce qui allonge les délais de traitement. La proposition de solution du médiateur peut notamment prévoir un remboursement partiel, une réparation, un avantage du fait d’une situation particulière, ou une modification du contrat. Le consommateur et le professionnel disposent ensuite d’un délai pour faire connaître leur acceptation ou leur refus.

Une tentative amiable obligatoire dans certains cas

Le code de procédure civile impose, pour certains litiges civils, une tentative préalable de résolution amiable avant toute saisine du juge. Cette obligation concerne les litiges dont le montant est inférieur ou égal à 5 000 euros, sauf exceptions prévues par la loi. Le demandeur doit alors justifier d’une démarche amiable, par exemple par la médiation de la consommation ou la conciliation.

Cette obligation ne remet pas en cause le droit d’agir en justice. Quel que soit le montant du litige, un recours devant le juge civil reste possible, à condition, le cas échéant, d’avoir respecté cette étape préalable.

Lorsque la tentative amiable échoue, le consommateur peut saisir le tribunal judiciaire. Pour les litiges civils du quotidien dont le montant est inférieur ou égal à 10 000 euros, l’affaire est en principe examinée par la chambre de proximité du tribunal judiciaire, compétente notamment pour les litiges liés aux livraisons non conformes, aux travaux mal exécutés ou aux demandes de remboursement.

Au-delà de 10 000 euros, le litige relève également du tribunal judiciaire, mais il n’est plus traité par la chambre de proximité. Il est examiné selon les modalités de droit commun, sans obligation générale de tentative amiable préalable.

Lorsque la demande n’est pas chiffrable, par exemple en cas de demande d’annulation d’un contrat, la saisine du tribunal s’effectue par voie d’assignation.

Enfin, les informations échangées dans le cadre d’une médiation demeurent confidentielles et ne peuvent pas être produites devant le juge, sauf accord des parties.

 

Une obligation d’information encore inégalement respectée par les professionnels

Les professionnels ont l’obligation légale d’informer les consommateurs de l’existence d’un dispositif de médiation. Ils doivent indiquer de manière claire le nom du médiateur compétent, ses coordonnées et les modalités de saisine. Ces informations figurent en principe dans les conditions générales de vente, sur les factures, les contrats ou les sites internet. En pratique, cette obligation est souvent mal respectée. Les informations sont parfois absentes, difficiles à repérer ou présentées de façon peu lisible, ce qui limite l’accès effectif à la médiation. De nombreux consommateurs se retrouvent ainsi dans l’incapacité d’identifier l’interlocuteur compétent pour traiter leur litige.

La difficulté est encore plus marquée lorsque le différend concerne une plateforme étrangère, un site de commerce en ligne basé hors de France ou une entreprise opérant dans plusieurs pays. Dans ces situations, les dispositifs de médiation peuvent varier selon les États, être peu lisibles ou difficiles à comprendre, ce qui complique l’exercice des droits. À l’inverse, certains secteurs — comme le transport, le tourisme, l’énergie ou encore les télécommunications — disposent de médiateurs bien identifiés et reconnus.

Le non-respect de cette obligation d’information expose le professionnel à des sanctions administratives. Pour le consommateur, l’absence d’indication ne fait pas obstacle au recours à la médiation, mais complique la recherche du médiateur compétent.

Lorsque le professionnel ne communique pas le nom du médiateur ou ne l’affiche pas sur ses supports d’information, le consommateur peut effectuer un signalement auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), via la plateforme officielle SignalConso.  Ce signalement, gratuit et réalisé en ligne, permet d’alerter l’administration sur un défaut d’information ou un manquement à la réglementation. Il peut conduire à un rappel des obligations, voire à des contrôles. Ces pratiques compliquent l’accès effectif à la médiation et peuvent décourager les consommateurs, pourtant titulaires d’un droit reconnu par la loi. Les AFC vous présentent cette plateforme clé pour les consommateurs.

Les avantages de la médiation

Le principal atout de la médiation de la consommation réside dans sa gratuité pour le consommateur. Les professionnels ont l’obligation d’adhérer à un dispositif de médiation et en supportent les frais de fonctionnement. Cette gratuité rend le recours accessible à tous, y compris pour des litiges de faible montant. Elle évite au consommateur d’engager des frais d’avocat ou de procédure souvent disproportionnés au regard de l’enjeu financier. Autre avantage : la rapidité. La médiation est généralement plus courte qu’une procédure judiciaire, avec un délai de traitement limité à trois mois. Elle se révèle également plus simple, puisqu’elle ne requiert pas de connaissances juridiques approfondies, et moins conflictuelle, reposant sur la recherche d’un accord plutôt que sur l’affrontement des parties. La médiation permet aussi de préserver la relation commerciale, notamment lorsque le consommateur souhaite continuer à recourir aux services du professionnel concerné. Enfin, elle peut avoir un effet pédagogique, en incitant les entreprises à améliorer leurs pratiques et à mieux respecter les droits des consommateurs.

Des limites à ne pas ignorer

Si le professionnel est tenu d’adhérer à un dispositif de médiation et d’en informer le consommateur, il n’est en revanche pas juridiquement contraint d’engager une médiation, ni d’accepter la solution proposée par le médiateur. En cas de refus, le consommateur conserve toutefois la possibilité de saisir la justice.

La médiation de la consommation n’est par ailleurs pas adaptée à tous les litiges. Lorsque les enjeux financiers sont élevés ou que le différend repose sur une question juridique complexe, une action en justice peut se révéler plus appropriée, même si elle débute par la recherche d’une solution amiable.

Malgré son existence légale depuis plusieurs années, la médiation de la consommation demeure largement méconnue. De nombreux consommateurs ignorent l’existence de ce recours gratuit et encadré pour résoudre un litige avec une entreprise. D’autres savent qu’un dispositif de médiation existe, sans pour autant comprendre dans quels cas il peut être utilisé, ni comment y accéder concrètement.

Ce déficit d’information conduit fréquemment à des renoncements. Certains consommateurs abandonnent leurs démarches, estimant la procédure trop complexe ou leurs chances de succès insuffisantes. D’autres se tournent directement vers la justice, alors qu’une médiation aurait pu permettre une résolution plus rapide et moins conflictuelle.

Dans ce contexte, la diffusion d’une information claire, accessible et compréhensible constitue un enjeu majeur. Faire connaître l’existence de la médiation, expliquer son fonctionnement et rappeler qu’elle est gratuite pour le consommateur sont des leviers essentiels pour renforcer l’effectivité de ce droit.

 

Médiation et conciliation : quelle différence ?

La médiation et la conciliation permettent toutes deux de régler un litige sans passer par un tribunal. Leurs principes proches expliquent la confusion fréquente entre ces deux dispositifs.

La médiation de la consommation est prévue par le code de la consommation. Elle concerne exclusivement les litiges entre un consommateur et un professionnel, dans le cadre d’un contrat de vente ou de prestation de services. Le médiateur, personne ou organisme indépendant désigné par l’entreprise, est spécialisé dans les relations de consommation. Il examine le dossier et formule une proposition écrite, fondée sur le droit et l’équité. Cette proposition n’est pas contraignante. La médiation est gratuite pour le consommateur et encadrée par des délais précis.

La conciliation relève d’un cadre plus général. Elle est le plus souvent assurée par un conciliateur de justice, auxiliaire de justice bénévole nommé par la cour d’appel et rattaché au ministère de la Justice. Elle s’applique à des litiges variés, civils, de voisinage, familiaux ou parfois liés à la consommation. Le conciliateur ne formule pas nécessairement de solution juridique écrite. Son rôle consiste avant tout à rétablir le dialogue et à aider les parties à trouver elles-mêmes un accord.

La différence tient à la logique de chaque dispositif. La médiation de la consommation s’inscrit dans une démarche de protection du consommateur face aux entreprises, dans un cadre juridique spécifique et avec des médiateurs spécialisés. La conciliation privilégie une approche plus souple, fondée sur la discussion et la recherche d’un compromis.

Mieux informer les consommateurs sur ces deux dispositifs reste un enjeu essentiel pour leur permettre d’exercer pleinement leurs droits et d’éviter, lorsque cela est possible, le recours au juge.

 

Sources :

Comment régler un litige de la consommation ?

Article L.611-1 et suivants du code de la consommation

La CNAFC, association de consommateurs

La Confédération nationale des Associations Familiales Catholiques (CNAFC) est l’une des 14 associations de défense des consommateurs reconnues par la DGCCRF (la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Grâce à cet agrément, la CNAFC vient en aide à tous les particuliers qui rencontrent des difficultés d’ordre commercial avec des entreprises. Ainsi, en cas de litige, toute personne, même non adhérente aux AFC, peut contacter l’une des nombreuses antennes consommation disséminées dans toute la France.

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