Politique familiale et natalité : que font les pays européens ?
Alors que la natalité est en berne, les AFC ont étudié les différentes politiques familiales européennes et analysé leur incidence sur la natalité, pour publier une étude : Evolution de la natalité dans l’Union européenne en fonction des politiques familiales des Etats. Disponible en version
Pourquoi cette étude ?
Elle vient du constat que si la natalité française chute depuis 2010, ça ne semblait pas être le cas de tous les pays de l’UE. Nous avons voulu regarder de plus près les dynamiques en cours.
La France s’est rassurée à bon compte sur ces questions depuis 50 ans. Nous sommes en-dessous du seuil de renouvellement des générations depuis 1974. Nous ne nous sommes pas préoccupés de la natalité parce que nous étions en tête de l’Europe.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus en tête (la Roumanie, la Bulgarie nous devancent) et notre natalité s’effondre dangereusement. Il est temps de réagir et de regarder si d’autres font mieux que nous.
Nous avons étudié les politiques familiales et la natalité de 11 pays européens depuis 2012 : Portugal, Allemagne, République tchèque, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Grèce, Suède, Irlande, Espagne et Italie.
Nous pouvons distinguer deux périodes : une première entre 2012 et 2021 et une seconde entre 2021 et 2024.
Première période 2012 à 2021
Entre 2012 et 2021, les pays qui avaient quitté le bloc de l’Est (l’Allemagne de l’Est, la République tchèque, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie…) et qui se trouvaient avec une natalité basse ont pu la faire augmenter grâce à leur bonne santé économique couplée à des politiques familiales généreuses et innovantes par rapport à la situation antérieure.
Les pays d’Europe de l’Ouest avec une natalité relativement élevée par rapport à la moyenne européenne (ICF supérieur à 1,54) qui n’ont pas fait d’effort suffisant de politique familiale au cours de cette période ont vu leur natalité s’éroder progressivement : la France, l’Irlande, la Finlande, la Suède, les Pays Bas, le Royaume Uni [1][2]….
Les pays du sud-ouest de l’Europe avec une natalité déjà faible qui ont peu développé de politique de soutien et qui ont été très impactés par la crise économique de 2008 ont continué de s’effondrer : l’Espagne, l’Italie, Chypre, Malte. Si le Portugal fait figure d’exception en Europe du sud, l’augmentation des naissances est pour partie due à l’immigration.
La période suivante (2021-2024)
La crise du Covid des années 2020 -2021, puis le déclenchement de la guerre en Ukraine (février 2022) marquent un tournant pour tout le continent européen. La natalité européenne moyenne qui était de 1,54 en 2012, maintenue à 1,53 en 2021, tombe à 1,38 enfant par femme en 2024.
Aucun pays européen ne parvient plus aujourd’hui à renouveler sa population quels que soient les efforts consentis. Voilà 50 ans que nous sommes dans un sous-remplacement structurel : si la population de l’UE a augmenté d’environ 10% dans le même temps, ce n’est dû qu’aux migrations et au vieillissement de la population.
Ceux qui sont parvenus à se maintenir ne le font que grâce à l’immigration (le Portugal, l’Espagne) et les efforts financiers, même très importants de certains (l’Allemagne, le Luxembourg, la Pologne, la Suède, tous à plus de 3% de PIB pour leur politique familiale…) atténuent partiellement le déclin mais sont impuissants à inverser la courbe des naissances.
Au-delà de l’UE, seuls les pays d’Afrique sub-saharienne, du Moyen-Orient ou de l’Asie du sud et de l’Asie centrale renouvellent encore leur population. 105 pays sur les 237 ont encore un ICF supérieur à 2,1 enfants par femme.
Nous découvrons qu’après la période de transition démographique, désormais dépassée par une majorité de pays, il n’y a pas un équilibre proche de ce qui serait souhaitable (2,1) mais une tendance à la décrue dont nous ne connaissons pas l’évolution naturelle. Nous vivons probablement dans la période de plus haute population mondiale de l’histoire de l’humanité.
L’organisation du monde post-moderne qui priorise, dans la plupart des cultures, la réussite matérielle et individuelle alors que la fécondité est très maitrisée, conduit à un report sine die de l’accueil des enfants.
Les facteurs qui favorisent la natalité
Un certain nombre de facteurs se conjuguent cependant pour favoriser l’accueil de nouveaux enfants, ainsi que nous avons pu l’observer à travers cette étude :
- Le dynamisme économique
- Un pourcentage de PIB suffisant consacré à la politique familiale
- Une politique familiale lisible par les familles, universelle, stable et pérenne.
- Un faible coût du logement dans le budget des ménages
- Des aides financières ciblées
- Des mesures d’équité envers ceux qui font l’effort d’accueillir les enfants
- Des modes de garde abordables, proches et sécures.
- De la flexibilité dans l’organisation du travail
- Un soutien à la durabilité conjugale
A côté des mesures concrètes de politique familiale, nous avons besoin d’un état d’esprit favorable à l’accueil des enfants comme le soulignait déjà Alfred Sauvy en 1967 : Un environnement culturel qui valorise la famille et les enfants, reconnait et estime l’investissement essentiel des parents, leur apport irremplaçable à la société, leur redonne leur place légitime au sein de l’école, en particulier, et les assure de son soutien dans le temps long. Des messages doivent être passés pour sortir la famille de sa place d’implicite dans la société pour dire régulièrement l’estime qui lui est portée par l’ensemble des décideurs et des corps intermédiaires.
Faute de mesures très fortes qui sous-entendent un changement radical de vision quant aux priorités des nations, la natalité continuera de baisser et la population de diminuer, sur le modèle de la Corée du sud (0,75 enfant par femme en 2024). Plus ces mesures seront prises tard, plus elles devront être fortes et donc onéreuses. Néanmoins, un large pan des efforts à mettre en œuvre est peu onéreux : il s’agit de redonner à la famille, à la paternité, à la maternité et aux enfants une place centrale, enviable et désirable dans les discours publics.
[1] Eurostat : https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/tps00199/default/table?lang=fr
[2]Statistiques du Royaume Uni https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/europe-pays-developpes/indicateurs-fecondite/